Usine de conversion de sulfates de nickel et cobalt
Blanquefort
/ Parempuyre
Après analyse approfondie du projet EMME, des données de marché actuelles, et de la cohérence territoriale, j'émets un avis défavorable à ce projet pour les raisons détaillées ci-après.
Vous aussi, donnez votre avis sur ce projet qui concerne notre territoire.
Déposer mon observation Nous contacterLe projet EMME annonce un investissement de 530 millions d'euros pour la création de 200 emplois directs sur site (les 500 emplois souvent évoqués incluant les emplois indirects et induits, non localisés à Blanquefort).
530 000 000 € / 200 emplois = 2 650 000 € par emploi créé
À titre de comparaison, l'usine HDF Energy, inaugurée en mai 2024 sur notre territoire, a investi 20 millions d'euros pour 100 emplois directs en 2025, soit 200 000 € par emploi - plus de 13 fois moins cher.
Ce ratio coût/emploi est l'un des plus défavorables observés dans les projets industriels récents de notre région. Les fonds publics mobilisés (aides France 2030, Région Nouvelle-Aquitaine) seraient bien mieux employés dans des projets à meilleur rendement social.
Le projet EMME vise à produire des sulfates de nickel et de cobalt destinés aux batteries NMC (Nickel-Manganèse-Cobalt) pour véhicules électriques.
Or, le marché mondial des batteries est en train de basculer :
| Technologie | Part de marché 2023 | Part de marché 2025 | Tendance |
|---|---|---|---|
| LFP (sans nickel ni cobalt) | 40% | 55-70% | En forte hausse |
| NMC (cible EMME) | 50% | ~40% | En déclin |
Le marché adressable par EMME (batteries NMC) ne représentera plus que 15 à 20% du marché total des batteries, contre 50% aujourd'hui. Nous investirions donc 530 millions d'euros dans une technologie dont le marché se réduit chaque année.
Les batteries sodium-ion, déjà en production chez CATL (leader mondial), n'utilisent ni nickel, ni cobalt, ni même lithium. Leur croissance annuelle dépasse 25%.
D'ici 2030, cette technologie pourrait capter une part significative du marché entrée/milieu de gamme, réduisant encore davantage le besoin en matériaux que produirait EMME.
Le projet EMME ne prévoit aucune capacité de recyclage de batteries.
Or, la réglementation européenne (Règlement Batteries 2023/1542) impose :
Les matériaux vierges produits par EMME seront en concurrence directe avec des matériaux recyclés, moins chers et à empreinte carbone quasi-nulle.
EMME arriverait sur un marché où l'offre de matériaux recyclés sera abondante et réglementairement favorisée.
Le projet se présente comme contribuant à la transition énergétique. Or :
Il n'existe aucune mine de nickel ou de cobalt en France ni en Europe.
Les matières premières devront être importées depuis :
Distance moyenne de transport : 15 000 a 20 000 km
Le transport se ferait par voie maritime puis fluviale (via la Garonne), mais aussi par camions pour l'acheminement final et les produits finis.
Paradoxe : Un projet censé favoriser la mobilité "propre" génère une empreinte carbone massive avant même toute transformation industrielle.
Notre territoire a déjà fait un choix stratégique clair : l'hydrogène.
L'usine HDF Energy a été inaugurée le 30 mai 2024 à Blanquefort, sur le site de l'ex-usine Ford :
Alain Rousset (Président Région) : HDF Energy est « l'entreprise du futur »
Véronique Ferreira (Maire de Blanquefort) : « Regarder vers l'avenir » après Ford
Le projet EMME n'a AUCUNE synergie avec cette stratégie hydrogène :
Accueillir EMME reviendrait à disperser nos ressources et brouiller notre identité industrielle, alors que nous avons déjà un positionnement clair et porteur d'avenir.
Le site envisagé présente des contraintes environnementales significatives :
L'implantation d'une installation classée SEVESO sur un tel site pose des questions de sécurité et de responsabilité environnementale majeures.
La France structure sa filière batteries dans les Hauts-de-France (« Vallée de la batterie ») :
Blanquefort n'est pas dans cet écosystème. EMME serait isolé, sans les synergies, les fournisseurs, les compétences et les infrastructures concentrés dans le Nord.
Mon analyse, basée sur des données publiques et vérifiables, aboutit aux conclusions suivantes :
| Critère | Évaluation |
|---|---|
| Technologie | En déclin (NMC → LFP) |
| Marché 2035 | Réduit à 15-20% du marché actuel |
| Recyclage | Absent = désavantage concurrentiel |
| Empreinte carbone | Élevée (transport longue distance + camions) |
| Cohérence territoriale | Nulle (contradiction avec HDF) |
| Coût/emploi | 2,65 M€/emploi (excessif) |
| Site | Contraint (inondation, SEVESO) |
| Positionnement géographique | Isolé de la filière nationale |
Probabilité d'échec ou de sous-performance du projet : supérieure à 50%
Valeur réelle du projet pour le territoire : environ 12% de ce qui est annoncé, une fois intégrés les risques technologiques, réglementaires et concurrentiels.
Plutôt que de soutenir ce projet à haut risque, je propose que notre territoire :
Cette synthèse compile les données scientifiques et réglementaires relatives aux risques du projet EMME sur notre territoire.
L'histoire industrielle nous rappelle les conséquences potentielles des installations chimiques manipulant des substances toxiques :
| Catastrophe | Lieu | Date | Victimes |
|---|---|---|---|
| Seveso | Italie | 1976 | 193+ malades, 80 000 animaux |
| Bhopal | Inde | 1984 | 3 787 a 16 000 morts |
| Minamata | Japon | 1956-1968 | 1 784 morts, 10 000+ malades |
Le Marais de Bruges, situé à proximité immédiate du projet, constitue un patrimoine écologique exceptionnel :
| Catégorie | Données | Statut |
|---|---|---|
| Flore | 512 espèces végétales | Réserve Naturelle Nationale |
| Poissons | 30 espèces | Espèces migratrices protégées |
| Oiseaux | 300+ espèces observées | Zone d'importance européenne |
| Surface | 262 hectares | Plus grande réserve périurbaine de France |
Les substances manipulées par EMME sont classées par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) :
| Substance | Classification CIRC | Risques sanitaires |
|---|---|---|
| Composés du nickel | Groupe 1 (cancérogène avéré) | Cancers pulmonaires, nasaux |
| Composés du cobalt | Groupe 2B (possiblement cancérogène) | Cancers pulmonaires, cardiomyopathies |
| Acide sulfurique | Groupe 1 (cancérogène avéré) | Cancers larynx, brûlures |
Le Groupe 1 est le niveau de preuve le plus élevé. Il signifie que la cancérogénicité est prouvée chez l'humain. C'est la même classification que l'amiante, le tabac ou le benzène.
Le projet EMME, malgré les emplois et investissements annoncés, présente un profil de risque inacceptable pour notre territoire :
En conscience, et dans l'intérêt des habitants de Blanquefort et de la Métropole, j'émets un avis défavorable à ce projet.
Notre territoire mérite des projets d'avenir, cohérents avec les choix stratégiques déjà engagés, et offrant un meilleur retour sur investissement public.
L'enquête publique est ouverte. Chaque contribution compte pour l'avenir de notre territoire.
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